Par François Michaud, conservateur en chef du patrimoine au Musée d’art moderne de la Ville de Paris

Artiste au croisement de trois mondes, Zao Wou-Ki quitte la Chine en 1948 pour venir à Paris au moment où l’art vivant commence à se scinder de manière évidente entre les États-Unis et la France. Son œuvre rencontre les débats esthétiques qui ont marqué le développement de l’art moderne. Elle sait se montrer perméable à tout ce qui n’est pas la peinture : la poésie comme la musique demeurent deux pôles d’attraction permanents qui permettent au peintre de soutenir la tension entre ce qui se voit et ce qui n’existe pas pour les yeux. L’exposition que le musée d’Art moderne de la Ville de Paris lui consacre réunit une grande partie des peintures et encres de grand format qu’il a produites entre le milieu des années 1950 et le début du XXIe siècle. Elle entend aussi apporter un éclairage sur des questions demeurées en suspens depuis la disparition de l’artiste en 2O13 : peintre emblématique de l’histoire de l’abstraction, il est demeuré attaché à une scène parisienne qu’il appréciait tout en ayant pleinement perçu la vivacité de la création outre-Atlantique et il retrouve, peu à peu, les traits d’un art ancestral dont il s’était écarté de façon volontaire. Ses voyages accroissent les possibilités d’échanges avec d’autres artistes, quels que soient leurs moyens d’expression ou leur âge : lui se voulait ailleurs, rejetant aussi bien la notion trop étroite de paysage – auquel il préférait le mot « nature » – que l’expression trop vite formée d’art abstrait.

Zao Wou-ki (1920-2013)
www.zaowouki.org

Abbaye de Léhon (Salle Noël Mars)
Mercredi 7 février 2018 – 20h30